Perles d'Orient

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Singapour - Singapour
de Fred, le 05-08-2008

Perles d'Orient

J'ai ajouté quatre perles d'Asie à mon chapelet. Hong Kong, Macao, Kuala Lumpur et Singapour.

Passées les premières mauvaises impressions, liées au contexte davantage qu'à la ville elle-même -quoique je déteste ressentir qu'une ville a été pensée au bénéfice de ses automobilistes plutôt qu'à celui de ses piétons-, Hong Kong m'a laissé le dernier jour sur une note agréable. La traversée nocturne en ferry depuis Kowloon vers HK Island, les marchés vibrants, l'énergie dont résonne chaque coin de rue entre m'ont convaincu qu'il y avait là plus d'un trésor à dénicher. Mais, au grand désappointement de Manu qui pensait que j'adorerais Hong Kong, je ne puis me défaire d'un certain soulagement en la quittant pour Macao. Troquant l'Angleterre pour le Portugal, en Chine.

Macao me plut au premier clin d'oeil. J'ai raté de trois bonnes stations de bus mon arrêt pour l'auberge où j'allais élire domicile, ce qui m'a contraint de très bon gré à traverser sac au dos toute la vieille ville. De nombreux détails rappellent le Portugal, un temps maître des lieux : les noms des rues, l'architecture coloniale, le dense réseau d'églises et la cuisine ni vraiment chinoise ni résolument portugaise. Le plus frappant, ce sont ces feuilles de viande broyée, séchée, assaisonnée puis laminée qui sont présentées pliées dans les étals. Bien épicée, légèrement sucrée, la surprise est bonne. Bizarrement, à Macao plus qu'à Hong Kong je me sens en Chine sans y être véritablement. En effet, ces deux SAR (Special Administrative Regions) requièrent des visas spécifiques, surtout à l'intention des (vrais) chinois du Main Land (le continent, Macao comme Hong-Kong partageant au départ -avant les extensions qui suivirent- la particularité d'être des îles, ce qui vaut également pour Singapour), elles ont chacune un drapeau et une monnaie propre et enfin elles sont des fiefs capitalitiques notoires, je les considère donc (après concertation avec moi-même) comme des pays à part entière. Je dirais de Macao qu'elle est une moyenne entre Pekin, Lisbonne et Las Vegas, et je le dis avec une conviction d'autant plus affirmée que je n'ai (à ce jour) jamais mis les pieds dans aucune de ces trois villes !

Ce qui n'est franchement pas chinois, puisque cette possibilité n'existe nulle part ailleurs (mais est-on en Chine, donc ?), ce sont les casinos. La nuit se lèvent des millions de petits soleils de néon et des navettes gratuites ratissent les rues. Je me suis laissé tenter par le Venetian, qui serait le plus grand casino au monde. J'espérais y trouver quelques tables de poker, hold'em ou omaha, bien que ces jeux ne soient pas encore très populaires en Asie. À ma grande déception, la seule forme de poker pratiquée n'en est pas. Le Carribean Stud Poker est au poker ce que l'astrologie est à la science, ou le Canada Dry à l'alcool. Du baccarat partout, une foultitude de jeux inconnus aux noms absolument effrayants, des milliers de bandits manchots...rien de tout ça ne me dit. Je jouerais bien au Black Jack, mais je n'ai pas révisé mes bases, et la mise minimum est de 20 euros, bien trop pour un budget traveler. Je passe à proximité d'une table de roulette et réalise alors que c'est la première fois de ma vie. Je suis de l'oeil la petite boule blanche ... Zéro ! Est-ce un avertissement ou un clin d'oeil du destin ? Je ne me pose pas longtemps la question, dont la réponse est enfantine, je vous l'accorde, et prends donc place. Je m'assieds, achète quelques munitions. On m'assigne la couleur marron. J'aime bien. Je joue quelques numéros favoris, suivant un savant compromis entre intuition pure et lecture des augures. Je monte quelques jetons, grâce au 23 (la Creuse), au 15 (qui fut si longtemps mon arrondissement) et au 8 (en hommage à Sagan). Mais vite je me lasse. Même le spectacle de mes voisins compulsifs m'indiffère rapidement. Les casinos, ce n'est décidément pas pour moi, même si je pars plus riche de quelques centaines de patacas. Je suis pourtant joueur, c'est le moins qu'on puisse dire, mais pas comme ça. Pas en compagnie d'anonymes contre un banquier tricheur.

À Kuala Lumpur, je retrouve avec grand plaisir mon ami Manu, parti vivre en Malaisie avec sa petite famille il y a bientôt trois ans. J'y repasserai sur le chemin du retour, aussi reviendrai-je plus tard sur mes impressions locqles. Tout au plus puis-je déduire de ce court séjour que ce pays offre un contraste assez frappant entre une forme de misère assez commune au voyageur (je veux dire par là que j'ai vu bien pire en Afrique noire ou dans les bidonvilles d'Amérique Centrale) et une modernité digne des Émirats. Vous furetez dans un marché où abondent les rats et la tôle, puis vous levez le nez et apercevez qui se tiennent là distantes d'à peines quelques toises les tours Petronas, jadis les plus hautes du monde, idoles élevées à la gloire du dieu pétrole...

Singapour la sage, la propre, la prude m'a supris à plus d'un titre. Observant dans un premier temps que les règles semblaient aussi nombreuses que scrupuleusement observées, et fidèle à ma ligne de conduite qui consiste à se fondre autant que possible (autant dire que je suis le seul dupe) dans le mouvement général, juste histoire d'en éprouver la logique, j'ai songé un instant dénoncer un arbre qui avait cru bon laisser choir sur le trottoir immaculé une de ses feuilles. Juste sous mes yeux ahuris. Une feuille aussi sèche et crispée que la main d'une petite vieille autour de son porte monnaie, au moment de régler la note du boucher sur la place du marché, un samedi matin. J'y ai finalement renoncé, dans un souci d'apaisement. Puis le vernis a commencé à se craqueler, très finement. Une amazone qui pétarade sur sa Kawa Z 1000 (j'adore sa ligne ultra agressive) avec sa tresse qui s'échappe de sous son casque ; un indien avachi dans l'herbe qui se roule un joint digne de Çiva sans une once d'intérêt à l'univers qui l'entoure ; des ethnies qui ici mieux qu'ailleurs semblent coexister, voire même se mêler. C'est l'image qui me restera de Singapour, cette mixité quasi innocente. Je trouve le climat paisible ici, au cœur de la "Suisse de l'Asie". J'ai vu beaucoup de couples "trans-ethniques" fricoter dans le plus grand bonheur et l'indifférence du reste du monde. Chose amusante, tous s'exprimaient en anglais, ce qui signifie très certainement que ce nouvel esperanto universel est leur seule langue commune. Il y a quatre langues officielles à Singapour : le malaisien, le chinois, l'hindi et l'anglais. Et profusion de lieux de culte (temples tao, bouddhistes ou hindous, églises, mosquées et mêmes quelques synagogues), multiplicité de restaurants de toutes sortes, garantissant l'observance de tous les interdits imaginables. Il est certain (bien que je les suspecte seulement) que même à cet égard des règles ont été prévues "pour le bien-être de tous", ainsi j'ai vu sous mes yeux ce matin un sikh enfourcher sa moto sans casque ! Mais avec turban, bien sûr. Peut-être croyait-il cet attribut divin plus efficace qu'une vulgaire protection terrestre ? Je suis certain qu'il était en conformité avec la loi, laquelle se plie devant une exigence bien supérieure. Ces sikhs m'impressionnent tant, à ne jamais se départir de leur couvre-chef, que les jours de grande fatigue, je les soupçonne d'être des extra-terrestres dissimulant un deuxième cerveau, ou un troisième œil, ou toute autre monstruosité qu'il importe de soustraire à la vue du vulgus pecum.

Bon, je crois que je commence à travailler du chapeau. Comme on dit ici, I'm getting sick.

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