Salvador
J'ai consacré les quelques jours passés au Salvador à me remettre de cette mauvaise indigestion. Peut-être devrais-je dire empoisonnement alimentaire...
San Salvador est présentée dans le Lonely Planet comme une ville peu séduisante de prime abord mais qui vous conquiert étrangement. Personnellement, j'ai surtout été gagné par l'envie d'en sortir. Le marché près de la cathédrale, ou les quartiers étudiants m'ont davantage plû, mais bon sang que ces capitales latines sont laides. C'est la misère qui est laide bien sûr, les barraquements de tôle ondulée, la boue noirâtre qui jonche les rues, les étendues d'ordures qui s'étalent à l'infini, la crasse, la sueur, le labeur ingrat répété mécaniquement. Et vous, touriste occidental, dont la valeur du sac-à-dos représente quelques années de salaire du moindre type que vous coisez dans la rue, vous êtes tout étonné de recevoir encore des sourires, des gestes d'aide gratuite, des regards sympathiques, alors que selon le code en vigueur dans votre région d'origine, le seul châtiment à l'aune de votre culpabilité est le vol avec agression. D'après ce qu'en dit le journal local, San Salvador est une ville dangereuse, surtout pour les salvadoriens eux-mêmes...
Suchitoto, un peu plus au nord, est un paisible bourg baigné par un lac tranquille. Les maisons blanches et sages, l'église, le marché et la statue du héros local dissimulent une histoire plus agitée dont les lieux s'enorgueillissent toutefois, un peu comme la Butte aux Cailles se prévaut encore de son passé communard. Ici les guerrilleros du FMLN et autres résistants ont combattu l'insupportable régime fasciste, financé tout comme au Nicaragua par des fonds américains débloqués sous l'ère de l'inénarrable Ronald Reagan. Décidément les américains ont le chic pour élire et reélire des champions. Mais nous ne sommes pas mal non plus.
Le vrai quartier général des rebelles était à Perquin. Un petit village haut perché, accessible à condition de le vouloir vraiment, et où il est encore plus difficile de rester. Très peu d'hôtels, deux comedors qui ferment bien avant que votre appétit n'ouvre, en guise de toilettes un trône dont je vous passe la description mais en face duquel une pancarte vous rappelle de ne pas jeter le papier dans la cuvette mais dans la poubelle située à côté. Ce genre de recommendation est fréquent dans la région. Bien sûr, point d'eau chaude. Ni de douche. Un grand baquet alimenté directement par les eaux de pluie à la surface duquel flotte une bassine. Il vous faut vous asperger de cette eau, glaciale à 2000 mètres d'altitude, tout en vous savonnant parmi les cafards.
Heureusement le Musée de la Guerre est intéressant. Quelques cratères d'obus témoignent des douceurs de la mort violente promise à nombre de compañeros dont les portraits tapissent héroïquement les murs. C'est ici que Radio Venceremos (nous vaincrons), l'antenne de la guerilla, opérait. On aperçoit dans la cour les restes de l'hélicoptère qui transportait un des principaux officiers du régime de l'époque. Un poste de radio trafiqué lui fut fatal. Un haut fait d'armes, d'autant plus que le dignitaire en question était à la tête d'un de ces escadrons qui rasaient des villages supposés hostiles. On découvrira quelques années après la fin de la guerre (signée en 1992) des charniers, principalement constitués de corps d'enfants.
La route qui coupe au Nord dans les montagnes, passe quelques cols, traverse la frontière hondurienne, et longe des alpages et un grand lac d'altitude est la plus belle que j'aie jamais empruntée en Amérique Centrale.
|