Panama City est la capitale surpolluée d'un jeune pays dont la destinée se confond avec celle de son fameux canal. Entreprise sous l'ère colombienne, la construction est confiée dans un premier temps à une société française et notamment à Ferdinand de Lesseps, auréolé du récent succès de son entreprise à Suez. Mais les conditions sont ici différentes et surtout bien plus difficiles. 22000 travailleurs mourront de la malaria ou d'autres maladies. C'est ici que la fièvre jaune sera identifiée et vaincue par un médecin cubain. Des complications de toutes sortes conduisent les français à renoncer. Mais même se retirer n'est pas chose aisée. Il s'en suit un imbroglio au cours duquel les américains sont convaincus d'aider les panaméens à acquérir leur indépendance (toute relative comme on le verra par la suite), avec à la clé le rachat de la concession française et l'exclusivité de la gestion juteuse du canal. Eux sauront mener à terme le projet : mise en place d'un système d'écluses et creusement de plusieurs passes entre le Pacifique et l'Atlantique. L'histoire ne s'arrête pas là puisque sous la présidence de Jimmy Carter le Panama, lassé de l'ingérence américaine tentera un coup de force qui conduira à un accord prévoyant le désengagement des États-Unis. Surprenamment, les panaméens gèreront très bien la transition, augmentant de 10% les bénéfices tirés de l'exploitation. Mais bientôt un nouveau président mettra la main sur le pays et se compromettra entre autres dans des traffics de drogue. Cet ancien de la CIA, le général Noriega, a longtemps été bien aidé par ses anciens amis jusqu'à que ceux-ci, pressés par l'opinion internationale, n'interviennent dans un bain de sang, au cours de l'opération "Juste Cause" (rebaptisée Just Coz' soit "Juste Comme Ça"). Le canal est aujourd'hui panaméen ... mais le Panama est américain ! Le balboa, monnaie nationale du pays n'est qu'un autre nom du dollar. Les billets utilisés sont ceux qui circulent aux USA et les pièces (de 1 à 25 cents) sont indifféremment américaines ou panaméennes. Le plus souvent on ne prend même pas la peine de mentionner le Balboa, on exprime la somme directement en dollars. Et ils coulent à flot le long des parois du canal : 6 millions de dollars, pardon de Balboas chaque jour. Les bateaux paient un prix proportionnel à leur taille (la moyenne est de 30000 $). Le plus petit péage jamais acquitté le fut par un certain Richard Halliburton, qui paya quelques cents le droit de parcourir à la nage les quelques 50 miles entre les deux océans. Certainement un anglais... Mais les plus gros bateaux sont légion. Ils sont calibrés selon les dimensions des passages entre les écluses qui ont défini un standard, le Panamax. Les bateaux de cette taille maximale ont la priorité, pour des raisons de sécurité liées notamment au fait que les plus gros sont les plus lents ; or il est impératif d'avoir atteint l'autre versant avant la nuit. Il est frappant de voir une multitude de navires stationner patiemment aux abords des entrées, attendant leur tour, après avoir réservé plusieurs jours à l'avance un droit de passage payé cash...On peut ainsi être certain que tout cet argent ne profite pas au sel Panama... Panama City est une ville d'eaux, que celles-ci tombent du ciel où baignent ses flancs. Qui s'avance presque comme une péninsule, voici le Casco Viejo, le vieux quartier, complètement délabré, éventré, squelettique, décharné, mais encore plein d'une vie qui palpite et grouille au soleil. La moitié des bâtiments sont des façades creuses et colorées, mais certains témoignent encore d'un lustre patiné et chic. Ainsi le grand théâtre national qu'on peut visiter pour un balboa, ou l'embassade de France, ou autres palais et ministères. Au large de Panama City se trouve Isla Taboga, l'île aux fleurs, que j'aurai parcurue en la compagnie de Grevel, compagnon de route anglais, qui fera l'objet de mon prochain article, tant son souvenir restera attaché à cette ville. Qui n'est pas un canon de beauté, avec ses tours hirsutes, ses voitures parasites, ses brumes de gasoil éternelles, son brouhaha permanent et ses débuts de bidonvilles plantés comme des chicots dans une bouche trop vorace. |