En un clin d'oeil, je comprends que cet endroit n'est pas pour moi. Le pire avec les coins trop touristiques, ce n'est pas que le petit paradis d'antan a cessé de respirer depuis belle lurette, étouffé par le tumulte, le gasoil et l'inflation, piétiné par des millions de tongues, disloqué en centaines d'hôtels, de boutiques de souvenirs et de cabanes à frites, le vrai problème, ce n'est pas cette horde de vacanciers rougeauds et indélicats, non le fléau principal est constitué par les gens du cru. C'est vrai qu'ils sont jolis, tous ces petits villa-a-ges, mais ils n'ont qu'un seul tort, celui d'être habité.
Bocas del Toro ne fait pas exception à la règle. Sitôt débarqué, j'ai droit à des tapes dans le dos, tout le monde me donne de l'amigo, chacun y va de son conseil exclusif, mais sitôt que vous déclinez plus ou moins doucement selon qu'il faut insister ou non (1-no necesito nada gracias ; 2-dejame ; 3-dégage ducon), les sourires se figent et disparaissent.
Lorsqu'on se prétend mon ami avant même de m'avoir dit bonjour, sans même savoir comment je m'appelle ni d'où je viens, je me méfie.
Mon backpackers est juste correct, la population ici est jeune, américaine, et très soucieuse d'avoir l'air super cool. Pas plus intéressé par le surf que par le point compté, je décide de louer un velo et d'aller voir à l'autre bout de l'île si j'y suis. Heureuse initiative, que je compte renouveler souvent. Une heure de pédalage parmi les bananeraies et les bocages permettent d'atteindre Bocas del Drago, et sa longue plage de sable blanc bordée de cocotiers. Coquillages et crustacés, sur la plage abandonnée...Sur le chemin du retour (dont je m'étonne toujours qu'en toute occasion il ait l'air plus court que celui de l'aller), je stoppe net en croisant une maman paresseux qui tente de traverser la route avec son petit accroché sur le dos. La pauvre n'est vraiment pas à l'aise sur ce terrain. Elle rampe très laborieusement et lorsque je l'approche pour tenter de l'aider (j'ai très peu qu'elle se fasse écraser), elle se prostre et n'avance plus du tout. Seul son petit me regarde d'un œil curieux. Je m'en vais alors, comprennant que je lui fais du tort en l'empêchant d'atteindre l'autre rive de cette rivière de bitume. Si jamais je croise une voiture, je lui ferai signe de ralentir. Heureusement, le premier véhicule met une demi-heure à apparaître, et comme il me double je l'examine à la volée. Nul trace de sang sur le pare-chocs ni d'effroi sur les visages. Ouf !
Hormis Woong, ce voyageur cooréen dont je reparlerai dans une rubrique 'voyageurs', pas grand chose à retenir de cette station balnéaire.
Le lendemain, le taxi-bateau qui me dépose à Changuinola, près de la frontière costaicaine, emprunte un canal parmi de hautes herbes et trace un sillon au cœur d'une multitude verte. De quoi quitter ce pays sur une agréable note. |