J'ai voulu voir León alors j'ai vu León. Mais León boudait, elle ne voulait pas se laisser admirer. Elle a tiré sur ses beautés présumées un rideau de pluie. De ces averses brutales qui vous inondent une rue en un claquement de tonnerre. Ce même roulement qui vous a bercé la veille au soir vous réveille au petit matin. Pour une fois, une journée copieuse m'attend. Je dois notamment trouver un dentiste, urgence oblige. Le norvégien avec qui j'ai dîné hier m'a recommandé un endroit où de surcroît l'arracheur de dents parlera probablement anglais. Vegard, rencontré au Costa Rica, m'a entraîné dans un de ces endroits stupides où il faut gueuler à deux centimètres de l'oreille de l'autre pour espérer se faire entendre dans un vacarme de musique prédigérée. Au moins mon ceviche est délicieux. Je note un peu tard qu'il s'agit de poisson cru, et à ce moment me reviennent en mémoire des visions de merlans finissant de se décomposer sur des étals surchauffés. Tant pis, c'est trop tard et trop bon. Pour une fois qu'il ne s'agit pas de poisson frit, ni de poulet frit, pas davantage de riz ou yucca frit, ni de beignet, ni de papas fritas... Du poisson cru, c'est un peu dangereux, mais bon, je paierai l'addition plus tard. La dentiste parle très bien l'anglais : elle sait dire le mot "dent". Heureusement, elle travaille lentement, mais très bien. Trois heures plus tard, en rentrant à l'auberge, tentant de retrouver mon chemin sous trente centimètres d'eau, je me trouve soudain bien fatigué, avec comme un petit mal de ventre... Le lendemain, la pluie déclare une petite trève dont je profite à peine. Trop fatigué. Je rentre m'effondrer dans un hamac. Je me décide enfin à prendre un bus pour Managua, d'où je partirai le lendemain pour San Salvador. Une fois le bus parti, je sens que moi aussi je me barre. Des sueurs froides, le cœur qui s'emballe, le voile noir devant les yeux, je fais de gros efforts pour ne pas tourner de l'oeil. Je passe le reste du trajet à vomir mes boyaux par la fenêtre. Plus tard, le chauffeur de taxi qui me trimballe dans la capitale d'une station de bus jusqu'à une autre me demande combien coûte une femme dans mon pays. Peu effrayé par le manque de succès de cette première tentative, il fait glisser habilement la discussion vers des sujets plus bucoliques comme la marijuana ou la ganja. Il me demande enfin ce que je pense de Managua, je lui dis que je déteste et que j'ai hâte d'en sortir. Arrivé à destination, il décide de m'arnaquer, prétextant que j'ai mal compris le prix convenu. C'est la première fois que ça m'arrive depuis longtemps, il y a huit ans à Istanbul pour être précis. Comme j'ai mon sac dans son coffre, que je maîtrise très mal la langue et surtout que je ne suis pas très frais, je cède à contrecœur. Une seule idée en tête : trouver une chambre d'hôtel avec WC tout près de la station de bus. Demain à 4h00, je quitte le Nicaragua. Une journée qui s'annonce difficile... |