Transporté en moins d'une vingtaine d'heures depuis la verdoyante Creuse jusqu'à l'asphyxiante Hong Kong, le dépaysement fut violent, brutal, agressif. Et guère à l'avantage de la grande ville. Il est vrai que le jugement premier est tordu par la fatigue du voyage et les vapeurs de stupeur douloureuse qu'elle diffuse. Difficile alors de trouver à son goût le gris vertigineux dont se pare la vénérable institution anglo-chinoise. Il faut une bonne dose d'optimisme pour trouver à son goût le lit d'un mètre soixante-dix qui occupe une chambre d'un mètre soixante-et-onze dans sa plus grande dimension. Surtout lorsqu'on dépasse le mètre quatre-vingts, ce qui n'est certes pas la norme en ces contrées. On se dit alors qu'on a connu pire... Et c'est vrai ! Dans mon cas j'hésite entre une nuit glaciale et trempée, parmi les insectes, à Perquin au Salvador, et celle qui tout de même rafle le pompon, au Crystal Lodge, face à la station de bus de Lilongwe (capitale du Malawi) ; on m'avait refilé une cellule qui jouxtait celle d'un furieux qui hurlait sa folie dans les couloirs, les toilettes pour dames avaient refoulé leur sympathique contenu et inondé l'étage, j'avais fait sauter les plombs en raison d'un adaptateur inadapté, ma moustiquaire avait décidément un trou et le muezzin une voix de l'au-delà. À côté, Hong-Kong c'est Byzance. En tout cas c'est l'Orient Express. Double speed, triple galop, feu des quatre fers à fond de cinquième, sixième sens en alerte pour atteindre l'inaccessible septième ciel. Telle est sa quête ? Des étals qui abondent d'une richesse végétale et animale inconnue, calligraphie chinoise au front de toute chose, profusion de restaurants aussi accueillants que des halls d'hôpitaux, temples rescapés ornés de dieux féroces et de bouddhas rigolards. Et tout ceci baigne dans une moiteur paisible, tolérante et séculaire. Ce gros champignon survitaminé dont on se demande s'il est comestible ou vénéneux explose dans son corset d'îles et de collines qui rappellent la Chine antique. Mais elle ne se dit pas Maochiste et si le decorum est convaincant, les valeurs sont nettement occidentales. Bon sang ne saurait mentir, le grand frère est respecté et cette affaire de famille attend encore son dénouement, dix ans après le handover, la rétrocession du territoire à Pekin. Presque aucun papier ne traine et aucun mégot ne jonche le sol, mais la pollution rend la ville proprement irrespirable. Ultramoderne et traditionnelle, hyperactive et zen, invivable et accueillante, Hong Kong tonne, étonne et bétonne. |