De tous les pays d'Amérique Centrale, le Guatemala est celui qui offre la plus grande multitude de visages.
Villages cachés au creux des montagnes, caféiers plantés à flanc de volcan, temples mayas surgissant de la brume, anciennes villes coloniales, compagnies de singes hurleurs, pêcheurs à filets sillonnant des lacs calmes, cascades, grottes, bassins d'eau turquoise, marchés artisanaux où se retrouvent une foule d'indiens en costume traditionnel...
Si Copan Ruinas, au Honduras, se distingue par la qualité unique de ses stèles et des inscriptions qui les ornent (ce qui permit de comprendre la majeure partie des hiéroglyphes de cette civilisation), le site de Tikal est remarquable par la majesté de ses monuments. Ici la pierre friable, proche du calcaire, n'a pas résisté aux assauts de la pluie et du vent, et n'offre plus guère que des parois lisses et vierges. Ici la forêt a repris possession des lieux et là où vivaient des dizaines de milliers de personnes, qui déambulaient le long d'avenues nettes et dégagées, règnent désormais singes, toucans, serpents, insectes et, paraît-il, jaguars...
Si malheureusement les nuages m'ont privé du lever de soleil que je croyais mériter pour m'être levé à trois heures ce matin là, il fut plaisant néanmoins d'écouter se réveiller toute une forêt. Installés en haut du Temple IV, nous parvenaient les premières rumeurs venues des hauts arbres. Depuis plus de mille ans, hurlements, pépiements, froissements, cris et chuchottements montent à chaque aube dans le ciel engourdi.
Délaissant l'impressionnant site de Tikal pour Rio Dulce, puis Livingstone, qu'on ne peut atteindre que par bateau, un decor nouveau et familier à la fois se dessine. Mangroves, cocotiers, pélicans, et toujours ces garifunas qui peuplent la côte caraïbe du Belize au Honduras.
Lanquin, au centre du pays, est un point de départ pour quelques excursions interessantes, comme un réseau de grottes où nichent quelques chauves-souris, mais surtout pour les piscines naturelles de Seymuc Champey. La rivière, entre deux cascades, au fond d'une gorge creusée au sein d'un écrin de verdure, se répartit en une dizaine de bassins successifs, chacun large de plusieurs dizaines de brasses, et profond de deux à trois mètres. L'eau cristalline y prend une teinte turquoise. Sa fraîcheur procure une sensation délicieuse et invite à y replonger sans cesse.
Nebaj est une petite ville inacessible. Haut perchée, dissimulée derrière un paravent de montagnes, elle est la patrie des mayas Ixil. L'isolement des lieux a facilité leur défense, mais à conduit les conquistadors espagnols puis les forces militaires durant la guerre civile à y perpétrer les pires massacres, une fois la place prise. Toutes les femmes portent l'habit traditionnel : un tablier tissé et une jupe fermée par une ceinture. Les codes des couleurs semblent stricts, à la manière des tartans écossais. Les jupes Ixil sont plutôt grises, avec un rayure bleue, tandis que les mayas Quiché, majoritaires dans le pays, portent des jupes rouges à motifs noirs.
Autant de tissus qu'on peut facilement acheter au fameux marché dominical de Chichicastenango.
Ce marché, incroyablement vivant et coloré n'est pas le piège à gringo dont parlent les guides. Il est principalement fréquenté par les indiens des environs. Une grande partie centrale est occupée par des restaurants de plein air, qui proposent des tortillas (ou pupusas, galettes de maïs peu salées), du poulet pané et frit, des grillades, des fruits, des soupes, autant de mets simples et délicieux qu'on déguste sur le coin d'une table. Aux alentours se concentrent les textiles, tous tissés à la main, tant l'activité est développée. Les articles plus touristiques sont plutôt disposés sur le pourtour du marché. Sacs tissés, hamacs, masques, flutes et tambours, nappes, tee-shirts, bâtons de pluie, ceintures et foulards, jouets en bois, tentures, chapeaux, boîtes, chemises et chandails ; tout ceci se marchande dans les règles et s'acquiert pour quelques dizaines de quetzals.
Plus au sud, le Lago de Atitlan, un lac d'altitude entouré de volcans, se déguste en plancha. Cette barque motorisée sillonne la surface entre les quelques villages qui s'étalent tout du long. Panajachel, le plus touristique, San Pedro, le plus festif, San Marcos, le plus mystique, mais aussi Santa Cruz, Santiago, Santa Catarina, San Antonio, San Lucas...beaucoup de saints pour des villages si paisibles.
Tikal, Livingston, Semuc Champey, Nebaj, Chichicastenango, Lago de Atitlan, beaucoup de visages très différents, et il reste encore à découvrir le plus élégant de toute l'Amérique Latine : Antigua.
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