| La Havane compose avec différentes époques qu’elle réunit dans un ensemble baroque et chantant. Des bâtisses en ruine des siècles passés, des belles américaines, Cadillac, Arronde, Dodge, Oldsmobile, Plymouth, Chevrolet, Pontiac, Buyck d’avant la révolution de 59, un idéal révolutionnaire des années 60 toujours présent et affiché, des Lada et des motos ou side-cars Jawa et MZ en grand nombre qui témoignent d’une amitié désormais révolue, puis un présent difficile à rattraper mais dont certains lieux trahissent la quête, comme ces interminables files d’attente devant les points Internet pourtant uniquement réservés aux rares personnes autorisées ou ce rap qui s’échappe de certaines fenêtres. Pour bien dessiner La Havane, il convient de ne pas avoir recours à des couleurs trop vives, mais d’en utiliser beaucoup. De les superposer, d’en parsemer les murs, de les disposer toutes ensemble et d’attendre que le temps accomplisse son œuvre sûr et lent. La Havane s’hume, Cohibas et Montecristos en tête, se boit, aux flots conjugués des Mojitos et Daïquiris, mais avant tout, elle s’écoute. Guitares, percussions, flutes, trompettes et contrebasses accompagnent de leurs mélodies chaudes vos pérégrinations et vous transportent soudainement jusqu’en Afrique. La ville se laisse découvrir le long de ses rues animées, peuplées d’enfants heureux, de joueurs de dominos et de vieillards songeurs. Les portes entrouvertes dissimulent à peine des splendeurs déchues, des escaliers en marbre éventrés, des arcades sertissant des souvenirs de patios, des couloirs borgnes ouvrant sur des hauts salons obscurs dont un vieux ventilateur tranche l’air maigre et poussiéreux. Noble désargentée, la vieille feint d’ignorer que le château est en ruine. Elle s’accroche à son nom, son sang, sa race et attend patiemment une restauration, le juste retour d’un ordre ancien mais éternel. |