Le soleil chasse la pluie et revient timidement sur la ville. En l'habillant d'un rien de fantaisie. Le Cap est comme ses habitants : tout en couleurs. Certes venant de Paris, il est difficile de la trouver belle selon les critères classiques. Et je n'en ai parcouru qu'une petite partie, même si je m'y suis longtemps perdu. Ce qui me plairaît, c'est de voir un township. Ca se fait, encadré par des guides qui y vivent. Et qui axent leurs visites sur un message clair : il est possible de s'en sortir, il y a des initiatives, des richesses, des réussites. Je crains que ce ne soit un peu démonstratif, mais c'est mieux que de rester éternellement dans le même quartier. Il est probable qu'on en apprend plus sur l'Afrique du Sud en visitant ses banlieues qu'en allant de son hôtel au musée. Les musées; c'est pour tout-à-l'heure. Et la Table Mountain pour après-demain, si la météo continue de s'améliorer. Il est impressionnant d'avoir une telle montagne (elle dépasse les 1000 mètres) en plein centre ville. Hier fut celui de la visite de Robben Island. Il s'agit d'une île au large, à environ 15 kms du Cap, qui servit autrefois de prison. Un peu sur le modèle de l'ïle du Diable ou d'Alcatraz. Je doute qu'il y ait eu des évasions, d'autant plus que les prisonniers politiques, qui y étaient envoyés, y avaient collectivement renoncé. Ils s'en tenaient à leur message, et voulaient certainement éviter qu'on ne les confonde avec les prisonniers de droit commun, dont certains étaient reclus dans la même prison (mais pas dans les mêmes quartiers). Le plus célèbre des anciens détenus de Robben Island est Nelson Mendela, qui y a passé 17 ans, sur ses 25 années d'emprisonnement. A sa libération, en 1990, il a obtenu que Robben Island devienne un musée. Et ce sont d'anciens prisonniers politiques qui en assurent la visite. Le mien se fait appeler «Simple». Vous pouvez le voir sur un petit film dans l'album video. J'ai enregistré une bonne partie de la visite. Je l'écouterai une nouvelle fois, et sélectionnerai quelques passages intéressants. Les prisonniers politiques ne venaient jamais pour moins de 10 ans ici, et il n'y avait jamais de remise de peine. Le traitement était inhumain. D'humiliations en tortures (on utilisait parfois quelques «droits communs» pour ça...). Certains ont attendu quatre ans leur première visite. Pas de matelas, la même gamelle pour manger et pisser. Et le plus remarquable, c'est que ces guides, qui l'ont vécu, en parlent sans amertume. Ils ne font passer que le message de la réconciliation. C'est sur cette note poignante qu'ils finissent leur laïus. Beaucoup d'anciens prisonniers politiques sont restés sur cette île qui abrite aujourd'hui un village, une école, une bibliothèque, bien sûr plusieurs églises (le pays est ultra-religieux, j'y reviendrai, vous vous en doutez bien...), quelques autruches, springboks, waterboks, et une colonie de pingouins. Mais surtout des lapins par milliers. Où que votre regard porte, il y aura quelques lapins dans votre champ de vision. J'imagine qu'ils se reproduisent, sans prédateur, comme ... des lapins ! Il est évident que bien des choses ont changé ici, même si on souhaiterait parfois que l'histoire s'accélère encore. Mais une situation aussi complexe ne gagne rien à être caricaturée. Ainsi, j'ai reçu hier un mail d'une amie sud-af qui était revenue habiter au Cap il y a deux ans, après un intermède européen. Je n'avais plus de ses nouvelles depuis quelque temps. Je me doutais un peu que je n'allais pas pouvoir la voir, sans quoi elle se serait manifestée. Effectivement, elle m'a appris hier qu'elle était partie s'établir en Belgique. Il y a très peu de boulot pour les blancs en Afrique du Sud en ce moment... Ce fut pour elle un déchirement que de devoir quitter à nouveau son pays. Car c'est bien le sien... Sur un mur d'un bâtiment gouvernemental, on peut lire le préambule de la constitution. Il y est dit que le pays est conscient de ses fautes passées. Un bon préambule pour cette nation de l'arc-en-ciel, cette nation de la pluie et du soleil.  |